Ce feu …

Ce feu, c’est le secret

Au poing tendu de l’âge tendre
A la frimousse des héroïnes en herbe
A l’école de la belle étoile
A la cinquième année du massacre
La bannière étoilée a retrouvée ses origines
C’est l’Algérie plus libre que jamais
Elle a toujours été libre
Ironiquement souveraine
Armée par l’ennemi
Prisonnier de ses propres pièges
Devant ce peuple matinal
Les abattoirs promènent
Des légions de chiens ivres
Il y aurait de quoi pleurer
N’étaient les yeux qui s’ouvrent
N’était la grève des larmes
Ce n’est pas la ligne Morice
Qui tue
C’est le mortier bien nourri
Les grottes flamboyantes
Les caravanes de la nuit
C’est le sourire au combat
Et la Joconde ignorée
Visages
Quel feu vous créa
Si cruellement confiants !
Ce feu
C’est le secret de tous les sacrifices
Partout déferle
Et se révèle
L’arme inespérée
Des paysans sans terre
Et le vieillard sort de ses ruines
Pour offrir son dernier mouton
Ce soir on danse à la lueur
Des lendemains de combat
Ce feu
C’est le secret de tous les sacrifices
Le jour se lève
Oublier la misère
Les loques
La main tendue
Les souliers qui font mal
Oublier l’âge des cavernes
Et soulever toujours le poing du peuple
Dans le crépitement du brasier souterrain

Poème de Kateb Yacine

Kateb Yacine (Constantine, 1929 – Grenoble, 1989) : Célèbre depuis le milieu des années 1950 comme romancier et comme auteur dramatique, il est cependant resté le poète âpre et brûlant de Soliloques, recueil publié en 1946 alors qu’il n’avait que dix-sept ans. Des thèmes, des motifs, des images reviennent de façon récurrente dans son œuvre, entièrement dédiée à la libération de son pays et à la liberté de ses concitoyens.

Ses œuvres
Nedjma, Le Seuil, 1956
Le cercle des Représaille, Le Seuil, 1959
Le polygone étoilé, Le Seuil, 1966
L’œuvre en fragments, Sindbab, 1986

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