Étranger

Étranger

Si ce n’est pas ce froid, qu’est ce qui me signale ?

Le rêve mal dissous, l’ombre noire et la voix

Qui font pleurer l’enfant, ou la brume hivernale ?

C’est moi… moi, l’importun qui vous barre la voie.

Je ne suis ni mort ni vif, ailleurs est mon domaine.

L’enfer du ferrailleur est moins que rongé,

Moins diffus le retour inquiet d’une âme en peine ;

Le regard qu’on lui jette éloigne l’étranger.

Il est une pâleur, il est une couleur

Et sombre et claire, un jour vague entre chien et loup :

Le croirez-vous, je suis fait de cette douleur.

Je viens d’ailleurs, que vaut l’objet qu’on porte au clou ?

Et voici que grandit en moi l’incertitude,

Que s’approfondit plus encor ma solitude.

 

Poème de Mohammed Dib

Mohammed Dib (Tlemcen, Algérie, 1920 – Paris, 2003) : Celui que l’on considère à juste titre comme le père du roman algérien était aussi un grand poète, salué dès 1961 par Aragon pour son premier recueil. Depuis lors, son œuvre poétique s’est enrichi de six autres livres qui frappent par le langage extrêmement dépouillé et leur subtilité.

Ses oeuvres

Ombre gardienne, Gallimard, 1961

Omneros, Le Seuil, 1975

L’Enfant Jazz, Le Seuil, 1998

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